Premières demandes de suffrage
Quand le Manitoba est entré dans la Confédération en 1870, le droit de vote a été accordé aux citoyens masculins qui étaient propriétaires. On pensait qu'on ne pouvait pas compter sur les gens qui n'étaient pas propriétaires pour voter de façon responsable. Les Indiens visés par un traité n'ont pas eu le droit de vote non plus. Ce n'est qu'en 1888 que les restrictions relatives à la propriété ont été levées, tandis que les Indiens visés par un traité n'ont reçu le droit de vote au Manitoba qu'en 1952.Les femmes au Manitoba avaient le droit de voter dans certaines élections : les femmes qui étaient propriétaires ont eu le droit de voter aux élections municipales en 1887 et aux élections des commissaires d'école en 1890. Elles ont aussi eu le droit d'être commissaires d'école à partir de 1890. Les politiciens canadiens n'étaient pas non plus tous opposés au vote des femmes. Dès 1883, le premier ministre canadien John A. Macdonald avait songé à donner le vote aux veuves et aux célibataires qui étaient propriétaires. Cette même année, quelques femmes de Toronto, toutes membres de la Toronto Women's Literary Society, ont fondé la première organisation suffragiste au Canada : la Toronto Women's Suffrage Organization.
Les femmes islandaises, qui avaient déjà le droit de vote dans leur pays natal, ont fait campagne pour avoir le vote dès leur arrivée au Manitoba dans les années 1870. Dans les années 1890, le Dr Amelia Yeomans a assuré le leadership du mouvement suffragiste manitobain. Yeomans était haut placée dans la Women's Christian Temperance Union, dont la section manitobaine appuyait le vote des femmes et avait présenté une pétition au gouvernement réclamant le suffrage féminin en 1893. Le gouvernement n'ayant fait aucun cas de la pétition, Yeomans a organisé et présidé un parlement simulé dans lequel les intervenants ont présenté des arguments pour et contre le suffrage. L'année d'après, elle a fondé le Manitoba Equal Suffrage Club . Les hommes avaient le droit d'adhérer à ce club, qui a travaillé tranquillement comme groupe de pression pendant environ dix ans. En 1902, The Voice, le journal du mouvement ouvrier du Manitoba, a donné son appui au suffrage.
Le mouvement suffragiste a subi un revers en 1906 quand l'assemblée législative a enlevé aux femmes leur droit de vote dans les élections municipales. Cette défaite a été annulée l'année d'après. À partir de ce moment-là, le mouvement réformiste a continué de croître. En 1907, The Voice a commencé à publier une chronique d'Ada Muir, de la Women's Labor League, qui présentait régulièrement des arguments en faveur du suffrage. En 1908, le Grain Growers' Guide a lancé une page féminine qui publiait régulièrement des rapports détaillés sur les mouvements suffragistes du monde. La même année, Margaret Benedictsson a aidé à fonder la Icelandic Suffrage Society; deux ans plus tard, cette société pétitionnait à l'assemblée législative pour avoir le vote.
Ces événements ont tous pris place dans un large contexte. En 1906, la Canadian Suffrage Association a été établie et en 1910, le prudent Conseil national des femmes s'est prononcé en faveur du suffrage. Quand la Political Equality League a été fondée en 1912, elle allait continuer le travail fait par ces organisations pionnières.