hide
show

PREMIÈRE GUERRE MONDIALE : LA GUERRE CHEZ NOUS


DATES ET FAITS


4 août 1914
La Grande-Bretagne est en guerre contre l’Allemagne.

14 octobre – 22 novembre 1914
Première bataille d’Ypres.

22 avril – 25 mai 1915
Deuxième bataille d’Ypres.

1er juillet 1916
Début de la bataille de la Somme.

9 avril 1917
>Bataille de la crête de Vimy.

20 mai 1917
Dépôt du projet de loi sur la conscription.
17 décembre 1917  

Robert Borden est réélu premier ministre du Canada.

11 novembre 1918
Jour de l’armistice, les combats cessent à 11 h.

AUTRES RESSOURCES


Le Canada et la Grande Guerre de 1914-1918 :  la naissance d’une nation : trousse d’information (vidéocassette).
Ottawa : Affaires des Anciens combattants, c1997.

La Première Guerre mondiale : le rôle du Canada (vidéocassette)
Scénario, Cathy Miller. Coquitlam, C.-B. : Classroom Video, c2001.

Récipiendairés canadiens de la V.C.

Souvenirs de vaillance : la participation du Canada à la Première Guerre Mondiale.
Ottawa : Affaires des anciens combattants, 1982.

Le XXe siècle : perspectives historiques par Don Quinlan.
Montréal : Les Éditions de la Chenelière, c2004.

CARTES


Lieux de batailles de la Première Guerre mondiale.


POUR LES ÉDUCATEURS


La Premiere Guerre mondiale: la guerre chez nous
Page 3 de 6

La guerre et la fin de l'éducation bilingue

Le compromis Laurier-Greenway avait apporté une conclusion temporaire à la controverse des écoles du Manitoba en 1897. Il autorisait l'enseignement en français ou dans toute autre langue à condition qu'un nombre appréciable d'élèves dans l'école parlent cette langue. Les élèves devaient aussi être éduqués en anglais dans ce qu'on a appelé le système bilingue. Greenway avait inclus le droit à l'éducation dans toute autre langue pour qu'on ne puisse pas l'accuser de donner un statut spécial au français. Il n'avait toutefois pas prévu l'énorme vague d'immigration européenne qui allait déferler sur le Manitoba à la fin des années 1890 et au début du vingtième siècle. Les écoles du Manitoba se sont vite trouvées obligées d'offrir l'enseignement en allemand, en ukrainien et en polonais de même qu'en français et en anglais. En 1915, il y avait 126 écoles françaises bilingues séparées. En outre, 61 districts scolaires avaient des écoles allemandes bilingues et il y avait 111 écoles polonaises et ukrainiennes bilingues. Au total, 17 000 des 100 100 élèves de la province fréquentaient une école bilingue. Il y avait également des écoles de formation des enseignants (appelées écoles normales) qui formaient des enseignants français, (Ref1, Ref2) ukrainiens et allemands.

Les critiques de ce système soutenaient depuis des années que les élèves des écoles bilingues ne recevaient pas une bonne éducation et n'étaient pas assimilés dans la vie canadienne, ce qui dans l'esprit des critiques voulait dire la culture britannique. L'éclatement de la guerre a alimenté encore davantage leur opposition au système bilingue : bon nombre étaient fâchés que le système scolaire public enseigne en allemand et en ukrainien, langues de deux des peuples contre lesquels le Canada était en guerre. Le fait que le Canada français n'ait pas appuyé l'effort de guerre avec le même enthousiasme que le reste du pays a servi à intensifier une hostilité qui mijotait depuis longtemps contre l'usage du français comme langue d'enseignement dans les écoles publiques. On attendait des écoles qu'elles transforment les enfants des immigrants en Canadiens anglophones imprégnés des valeurs culturelles britanniques, attente que la guerre a amplifiée. Une enseignante manitobaine a écrit une comédie musicale qui mettait en scène le rôle du Canada dans l'effort de guerre, tandis qu'une autre a militarisé les mathématiques, chaque bonne réponse correspondant à la capture d'un prisonnier de guerre ennemi. À Saint-Boniface, (Ref1, Ref2) les élèves du séminaire participaient à des débats sur la moralité même de la guerre. La Orange Lodge, par ailleurs, a sondé tous les candidats aux élections provinciales tenues en temps de guerre pour savoir s'ils étaient favorables au système bilingue.

Le rédacteur en chef du Winnipeg Free Press, John Dafoe, avait entamé une campagne contre les écoles bilingues dès 1910. Au cours des quatre années suivantes, le journal a publié plus de 60 articles et 100 éditoriaux critiquant le système. Dafoe soutenait que le premier ministre conservateur Rodmond Roblin avait donné aux immigrants d'Europe de l'Est le contrôle du système scolaire en échange de leurs votes. Il prétendait même que les Européens de l'Est avaient mis la main sur les écoles dans les districts ruraux et en chassaient les habitants anglophones.

Les conservateurs de Roblin n'ont pas fait que défendre le système bilingue. En 1912, ils ont modifié la loi sur l'éducation pour permettre aux élèves dont les parents étaient catholiques d'être éduqués dans des classes séparées à Winnipeg et à Brandon. Il faut mentionner que les dirigeants locaux de l'Église catholique étaient loin d'être contents du compromis Laurier-Greenway, mais pour d'autres raisons. Ils disaient, par exemple, que la demi-heure par jour allouée à l'instruction religieuse n'était pas suffisante pour donner aux élèves une bonne éducation morale.

Dans une province où 100 000 des 500 000 habitants ne parlaient ni français ni anglais, le chef du Parti libéral Tobias Norris a conclu que l'anglais était « menacé par l'invasion des ‘langues étrangères'. » En 1914, le Parti libéral s'est déclaré en faveur de l'éducation publique anglaise obligatoire. Un an après la victoire libérale à l'élection de 1915, le gouvernement Norris a aboli le système d'éducation bilingue. Pour la première fois, l'éducation au Manitoba était obligatoire pour les enfants de 5 à 14 ans, mais les parents pouvaient envoyer leurs enfants aux écoles privées qui avaient été approuvées par le ministère de l'Éducation.

Le ministre libéral de l'Éducation, R. S. Thornton, a justifié la décision d'éliminer le système bilingue par le commentaire : « Dans ce Dominion, nous bâtissons, sous un drapeau britannique, une nouvelle nationalité. Nous venons de nombreux pays et apportons notre pierre à l'édifice et de ces divers facteurs une nouvelle nationalité doit se former qui sera simplement canadienne et britannique. » Joseph Dumas, député de Saint-Boniface, a déclaré : « C'est folie de croire que les francophones de cette province vont abandonner ce qu'ils considèrent comme un droit sacré. » Taras Ferley, premier Canadien ukrainien élu à l'assemblée législative manitobaine, a défendu le système bilingue lui aussi. L'archevêque Adélard Langevin a été le principal avocat de l'éducation bilingue, parlant en faveur des droits des Ukrainiens, des Allemands et des Polonais en matière d'éducation en plus de ceux des Franco-Manitobains. La communauté ukrainienne s'est ralliée pour défendre les écoles bilingues, attirant plus de mille personnes à une assemblée de protestation. Malgré tout, vu la vaste majorité libérale à l'assemblée législative et les inquiétudes suscitées par la guerre relativement au besoin d'unité culturelle, la position du gouvernement l'a facilement emporté.

En réponse, les délégués des commissions scolaires francophones catholiques se sont réunis au Collège de Saint-Boniface pour fonder l'Association d'éducation des Canadiens français du Manitoba . L'Association avait le soutien des autorités catholiques, mais toute communication avec les commissions scolaires dans les anciens districts scolaires bilingues devait venir de l'Association même pour éviter de donner l'impression que l'activité avait été proposée par l'Église ou le clergé. Les historiens continuent de débattre la qualité de l'éducation qui était offerte dans les écoles bilingues de l'époque. Alors que certains invoquent le commentaire du sous-ministre de l'Éducation, Robert Fletcher, selon qui le système d'éducation était presque hors de contrôle, comme preuve de l'échec du système, d'autres affirment que l'enquête sur l'éducation bilingue faite par le gouvernement du Manitoba en 1916 n'était pas aussi critique du système qu'on l'a fait croire au public à l'époque. Ils ajoutent que les enseignants et administrateurs qui travaillaient dans le système étaient conscients de ses défauts et avaient commencé à prendre des mesures pour y remédier.

Ressources numériques sur l’histoire du Manitoba