1. La Première Guerre mondiale : la guerre chez nous
2. S'enrôler pour la cause3. La guerre et la fin de l'éducation bilingue
La Première Guerre mondiale : la guerre chez nous
Peu d'événements auraient pu être plus éloignés de la vie des Manitobains que ceux qui ont mené au déclenchement de la Première Guerre mondiale. L'assassinat d'un héritier du trône de l'Empire austro-hongrois par un nationaliste serbe a été à peine remarqué dans les Prairies canadiennes. Mais cet assassinat a mis en marche une série d'événements qui ont mené à une déclaration de guerre entre la Grande-Bretagne et l'Empire austro-hongrois et son alliée l'Allemagne. Comme il faisait encore partie de l'Empire britannique, le Canada a été automatiquement entraîné dans cette guerre.Alors qu'on s'attendait à ce que la guerre ne dure que quelques mois, elle s'est prolongée pendant quatre sanglantes années. Plus de 8 500 000 soldats et marins ainsi que 13 millions de civils sont morts dans ce conflit mondial. À la fin de 1914, les troupes britanniques et françaises ont réussi à stopper l'impétueuse avancée des Allemands, qui avaient traversé une bonne partie de la Belgique et le nord de la France. Les deux côtés se sont retranchés le long d'une ligne qui traversait la Belgique et la France de la Manche jusqu'à la Suisse, pays neutre. Ils ont passé les quatre années suivantes engagés dans une brutale guerre de tranchées (Ref1, Ref2, Ref3) dans laquelle victoires et défaites se mesuraient en mètres. Des 600 000 soldats canadiens qui sont allés outre-mer, (Ref1, Ref2, Ref3, Ref4, Ref5) 60 000 ne sont jamais revenus, 150 000 ont été blessés et 4 000 faits prisonniers. De nombreux historiens ont dit que la Première Guerre mondiale avait été la guerre d'indépendance du Canada, les sacrifices que les soldats canadiens ont faits sur les champs de bataille d'Europe ayant fait naître un intense sentiment de volonté nationale au pays et gagné au Canada le droit d'agir en tant que pays indépendant.
La guerre a eu d'autres répercussions sur le Canada et ses régions. C'est l'époque où le mouvement de réforme sociale a atteint plusieurs de ses objectifs : les femmes ont obtenu le droit de vote aux élections fédérales et dans la plupart des élections provinciales durant la guerre. La vente d'alcool a été prohibée. En 1917, les gens ont tenté de mettre de côté leurs différences partisanes, de nombreux libéraux se joignant aux conservateurs qui détenaient alors le pouvoir pour former un gouvernement d'union. L'unité a eu son prix. Sur la scène nationale, le pays s'est scindé en blocs linguistiques et culturels quand le gouvernement d'union a institué le service militaire obligatoire (la conscription). La population du Québec était largement opposée à la conscription, tandis que la plupart des autres Canadiens appuyaient une mesure dont ils espéraient qu'elle aiderait à mettre fin à la guerre.
La déclaration de guerre a aussi soulevé d'autres questions, à savoir : qui était et qui n'était pas un Canadien, comment créer le patriotisme canadien et quelles étaient les limites au droit des Canadiens de ne pas être d'accord avec la politique du gouvernement. Des gens qui avaient été invités à immigrer au Canada quelques années auparavant se sont retrouvés qualifiés de sujets d'un pays ennemi et risquant d'être internés pendant une période de temps indéterminée sans procès. Le compromis Laurier-Greenway a été aboli pour que les écoles puissent mieux inculquer aux élèves les leçons de la citoyenneté. Bien des opposants à la guerre ont perdu leur emploi, vu leurs écrits censurés et parfois même été la cible de violences physiques.
Quand la guerre a brusquement pris fin de manière imprévue mais bienvenue (Ref1, Ref2) en 1918, le monde éreinté a eu à peine le temps de reprendre son souffle avant d'être frappé par une épidémie de grippe. Les soldats qui revenaient d'Europe ont apporté la « grippe espagnole », comme on l'appelait, en Amérique du Nord. En 1919, son cours terminé, elle avait tué 21 millions de personnes autour du monde, 50 000 au Canada , soit seulement 10 000 de moins que le nombre de soldats qui étaient morts outre-mer. On n'avait guère fait de cas des plaintes régionales pendant la guerre, ni des préoccupations du mouvement ouvrier canadien, qui commençait à prendre de l'ampleur. L'esprit d'unité du temps de guerre, par conséquent, n'a pas survécu bien longtemps après la fin de celle-ci. En 1919, les travailleurs de Winnipeg ont été à l'avant-garde de l'explosion d'un mouvement de grève qui s'est répandu partout au pays. Quelques années plus tard, les provinces de l'Ouest ont abandonné le Parti libéral et le Parti conservateur pour appuyer des partis politiques menés par des agriculteurs tant dans les provinces que sur la scène fédérale.
Ces importants développements du temps de guerre ne doivent pas masquer le fait que la préoccupation principale de la plupart des Manitobains (Ref1, Ref2) durant les années de guerre a été la guerre même. Des milliers de jeunes hommes du Manitoba ont été tués ou mutilés sur les champs de bataille d'Europe. Pour les épouses, les parents et les enfants des soldats, ces années ont été des années d'attente déchirante, marquées par la pauvreté et l'anxiété, et se terminant bien trop souvent tragiquement. (Ref1, Ref2, Ref3) Les lettres de la maison ou du front étaient attendues (Ref1, Ref2, Ref3) impatiemment, souvent censurées et relues d'innombrables fois. (Ref1, Ref2, Ref3, Ref4, Ref5) Parfois les hommes au front ne pouvaient envoyer qu'une carte postale de service en campagne qui n'était guère plus qu'une circulaire. Bien que la guerre ait été menée sur un autre continent, ses répercussions ont été ressenties dans tous les aspects de la vie sur le front intérieur. (Ref1, Ref2)
1. La Première Guerre mondiale : la guerre chez nous
2. S'enrôler pour la cause3. La guerre et la fin de l'éducation bilingue