Le compromis Laurier-Greenway
Le chef libéral Wilfrid Laurier avait toujours soutenu qu'une solution à la question des écoles du Manitoba devait prendre en compte le droit du gouvernement du Manitoba de déterminer son propre système d'éducation. Bien que ce droit ait été limité par la capacité du gouvernement fédéral d'adopter des lois réparatrices pour protéger les minorités religieuses, Laurier voulait un règlement négocié plutôt qu'imposé.Moins d'un an après son élection comme premier ministre en 1896, Laurier avait réussi à négocier une entente compromis avec le gouvernement du Manitoba qui a détourné les projecteurs politiques de la question des écoles du Manitoba.
Dans ce compromis, (Ref1, Ref2) le gouvernement du Manitoba a accepté les dispositions suivantes :
Greenway a pu présenter ces concessions comme étant des concessions à des personnes et non à des Églises et souligner qu'il n'y avait pas de traitement spécial pour le français.
La première question à poser sur ce compromis est pourquoi le gouvernement du Manitoba était prêt à faire un compromis en 1897 alors qu'il s'y refusait tellement en 1895? Bon nombre des réponses sont politiques. Le gouvernement libéral de Thomas Greenway était très content de faire des difficultés à un gouvernement fédéral conservateur. De fait, plusieurs membres du gouvernement libéral du Manitoba espéraient se lancer en politique fédérale si les libéraux gagnaient l'élection de 1896 : plusieurs d'entre eux ont joué un rôle de premier plan dans le gouvernement de Laurier.
La deuxième raison est que Laurier a donné beaucoup plus que Greenway. Laurier aurait pu promulguer une loi qui aurait complètement rétabli les droits des écoles confessionnelles : au lieu, les écoles confessionnelles, tant protestantes que catholiques, n'ont absolument rien gagné dans ce compromis. Le Manitoba allait continuer d'avoir un seul système scolaire public et même s'il était possible d'offrir une instruction religieuse après les heures normales d'école, cette instruction ne serait pas l'intégration de la religion à l'éducation qui aurait pris place dans une école confessionnelle. Finalement, bien qu'on ait prévu l'enseignement en français, le français n'avait pas de statut spécial mais était égal à n'importe quelle autre langue autre que l'anglais.
L'Église catholique du Manitoba, ce qui n'est pas surprenant, a rejeté le compromis. (Ref1, Ref2) L'archevêque de Saint-Boniface, Adélard Langevin, a déclaré que les Franco-Manitobains, les pionniers du pays, n'avaient pas « plus que les derniers arrivés; nous dont les droits sont garantis par la constitution, sommes placés sur le même pied que ceux qui sont venus d'Irlande ou du fond de la Russie, nous ne sommes pas mieux traités que des Chinois ou des Japonais. » Les catholiques ont également fait remarquer que dans le nouveau système, les enfants catholiques pourraient se retrouver avec des enseignants protestants, mais qu'il était très peu probable qu'un élève protestant ait un enseignant catholique. Pour maintenir les inscriptions dans les écoles catholiques, les dirigeants de l'Église au Manitoba ont aussi intensifié leurs efforts de recrutement parmi les catholiques européens. À la fin, le pape Léon XIII est intervenu, disant que bien que le compromis soit inadéquat, les catholiques devaient l'accepter et continuer de travailler au rétablissement de leurs droits.
Comme l'histoire allait le révéler, non seulement le compromis était-il inadéquat du point de vue des catholiques, il n'a pas non plus été une solution permanente. Moins de 20 ans plus tard, un autre gouvernement libéral provincial allait supprimer les droits linguistiques que prévoyait le compromis Laurier-Greenway.