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LA QUESTION DES ÉCOLES DU MANITOBA


DATES ET FAITS


1867
L’Acte de l’Amérique du Nord britannique établit le Canada.

12 mai 1870
Le Manitoba devient la cinquième province du Canada.

11 juillet 1888
Thomas Greenway et les libéraux gagnent l’élection provinciale.

31 mars 1890 
L’Assemblée législative adopte la loi sur les écoles.

23 juin 1896
Laurier gagne l’élection fédérale.

16 novembre 1896
Le compromis Laurier-Greenway est conclu.

AUTRES RESSOURCES


La question des écoles du Manitoba – un nouvel éclairage, dans Extrait de la Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 33, no 1, juin 1979.

En face de la persécution scolaire au Manitoba par J. Ad. Sabourin.
Saint-Boniface : L’Auteur, 1922.

Le Canada, une histoire populaire : épisode 11A : 1er ex. : la grande transformation (1896 à 1915), première partie (vidéocassette).
Montréal : Société Radio-Canada, c2001.

Le Canada, l’Empire britannique et la conscription (vidéocassette).
Downsview, Ontario : McIntyre Educational Media, c1981.

CARTES


Carte montrant la distribution des écoles protestantes et catholiques au Manitoba dans les années 1890.


POUR LES ÉDUCATEURS


La question des ecoles du Manitoba: 1890 to 1897
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L'appel aux politiciens

Peu de politiciens fédéraux voulaient toucher à la question des écoles du Manitoba. Dans les années 1890, environ 40 pour cent de la population du Canada était catholique. Prendre fermement position pour ou contre la loi du gouvernement du Manitoba sur l'éducation risquait de fâcher une grande partie de l'électorat canadien. Le Parti conservateur fédéral s'était maintenu au pouvoir continuellement depuis 1878 dans une large mesure parce qu'il avait conservé une base d'appui tant dans la province protestante de l'Ontario que dans la province catholique du Québec.

Quand la question des écoles du Manitoba a fait surface en 1889, les membres en vue du Parti conservateur comme du Parti libéral se sont efforcés d'éviter d'avoir à prendre fermement position. Au lieu de désavouer la loi, le premier ministre John A. Macdonald était prêt à payer en douce pour qu'un fonctionnaire fédéral catholique porte l'affaire en cour. L'ancien chef du Parti libéral Edward Blake a aidé Macdonald en faisant une motion qui proposait que la légalité des lois provinciales sur l'éducation soit déterminée par les tribunaux.

Quand les tribunaux britanniques ont tranché contre les catholiques du Manitoba, les politiciens fédéraux se sont trouvés obligés de prendre parti. L'Acte du Manitoba, en effet, permettait à une minorité protestante ou catholique d'en appeler au cabinet fédéral si une loi provinciale préjudiciait à leur droits ou privilèges en matière d'éducation. En outre, l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique, qui avait établi le Canada en 1867, permettait les appels au cabinet si les lois provinciales enfreignaient les droits existants à un système scolaire séparé. Si le gouvernement fédéral concluait que les droits de la minorité avaient été violés, il avait le pouvoir d'adopter une loi réparatrice, (Ref1, Ref2, Ref3) c'est-à-dire une loi qui allait défaire ce que la province avait fait. Ces dispositions étaient conçues pour les cas où les modifications aux lois provinciales en matière linguistique étaient constitutionnelles, mais soulevaient des griefs légitimes : autrement dit, elles cadraient bien avec la situation du Manitoba.

Au lieu d'entendre l'appel des catholiques du Manitoba, le cabinet fédéral a demandé à la Cour suprême de décider si la communauté avait le droit d'interjeter appel au cabinet dans le cas présent. La Cour suprême a décidé à 3 contre 2 que la communauté n'avait pas ce droit, mais le comité judiciaire du Conseil privé, lui, a pris la position contraire en 1895. Non seulement a-t-il décrété que la communauté avait le droit d'interjeter appel, il a déclaré qu'en l'occurrence, le grief était bien fondé et que le gouvernement fédéral avait le pouvoir de rendre une ordonnance réparatrice.

En conséquence, le cabinet fédéral a entendu l'appel du Manitoba au printemps de 1895. Tous ces événements ont pris place à un moment où le Parti conservateur fédéral s'en allait à vau-l'eau. Macdonald était mort en 1891 et son successeur, J. J. C. Abbott, avait pris sa retraite l'année d'après. Le successeur de celui-ci, John Thompson, était mort en 1894, et le nouveau chef, Mackenzie Bowell, avait de la difficulté à maintenir l'unité du parti. Ses membres du Québec voulaient qu'il introduise une loi réparatrice qui forcerait le Manitoba à verser un financement public aux écoles confessionnelles, tandis que ses partisans de l'Ontario étaient opposés à cette action. Tandis que le gouvernement cherchait sa position, plusieurs importants ministres ont démissionné en signe de protestation.

Le gouvernement Bowell a essayé de négocier un règlement avec le gouvernement Greenway, mais ayant entre-temps remporté deux élections politiques sur la question, Greenway n'était pas prêt à rétablir le financement des écoles séparées. La position déclarée de la province à l'époque était que l'éducation était une affaire provinciale dans laquelle le gouvernement fédéral n'avait aucun droit d'intervenir. Quand le gouvernement fédéral a ordonné au Manitoba de rétablir le système scolaire confessionnel, la province a refusé d'obéir.

Tandis que les conservateurs pataugeaient pour se trouver une position cohérente sur la question des écoles du Manitoba, le chef libéral Wilfrid Laurier refusait de se laisser coincer. Il trouvait que ce qui s'était passé au Manitoba était injuste, mais il n'était pas favorable à une loi réparatrice. Laurier s'est comparé au Soleil dans la fable d'Ésope sur le Vent du Nord et le Soleil, qui parient chacun qu'ils réussiront à enlever son manteau à un homme. Plus le vent souffle, plus l'homme tient son manteau serré. Mais tout ce que le soleil a à faire est de briller et l'homme enlève son manteau. Laurier a dit que son approche ensoleillée mènerait à un compromis avec le Manitoba.

En 1896, quelques mois à peine avant la tenue d'une élection fédérale, un autre nouveau chef conservateur, Charles Tupper, a déposé une loi réparatrice à la Chambre des communes. Les libéraux s'y sont opposés, et ont débattu le projet de loi si longuement que les conservateurs ont été obligés de déclencher une élection fédérale sans avoir adopté le projet de loi. La question des écoles du Manitoba a dominé l'élection, de nombreux conservateurs se prononçant contre la position de leur parti. Quelques personnages en vue de l'Église catholique ont tenté d'encourager les électeurs du Québec à appuyer les conservateurs. À la fin, les libéraux l'ont emporté, en grande partie à cause d'un revirement en faveur du Parti libéral au Québec, où il semble que les conservateurs, par leurs tergiversations et divisions internes, avaient perdu leur crédibilité sur la question des écoles du Manitoba. Il restait maintenant à Laurier de prouver que ses manières ensoleillées pouvaient donner de bons résultats.

Ressources numériques sur l’histoire du Manitoba