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IMMIGRATION ET PEUPLEMENT


DATES ET FAITS


1870
12 000 colons vivent à la colonie de la Rivière-Rouge.
La population de Winnipeg est de 100 personnes..

1871
Le Manitoba et les bandes saulteaux et cris des marais signent le traité n° 1.

1872
L’Acte concernant les terres de la Puissance garantit 160 acres de terre à chaque homesteader.

1878
Première exportation de céréales manitobaines.

1881
La population du Manitoba est de 66 000 personnes.

1890
Exportation de 16 millions de boisseaux de blé.

1891
La population du Manitoba est de 150 000 personnes.

1901
La population du Manitoba est de 255 000 personnes.

1911
La population du Manitoba est de 450 000 personnes.
La population de Winnipeg est de 142 000 personnes.

AUTRES RESSOURCES


Le Canada : la poussée vers l’Ouest par Michael W. Cranny.
Montréal : Éditions de la Chenelière, c2002.

Nos histoires du Canada, module 6 : Le peuplement des prairies (1873-1914) (vidéocassette).
Groupe d’évaluation des programmes sociaux de l’Université Queen’s, c1995.

Le Canada, une histoire populaire : épisode 6B : 1er ex. : la route de l’Ouest, deuxième partie (vidéocassette).
Montréal : Société Radio-Canada, c2001. .

Le Canada, une histoire populaire : épisode 10A : 1er ex. : la conquête de l’Ouest (1873 à 1896), première partie (vidéocassette).
Montréal : Société Radio-Canada, c2001.

Le Canada, une histoire populaire : épisode 10B : 1er ex. : la conquête de l’Ouest (1873 à 1896), deuxième partie (vidéocassette).
Montréal : Société Radio-Canada, c2001.

CARTES


Carte de la province du Manitoba et d’une partie du District de Kewatin et des Territoires du Nord-Ouest montrant les townships et établissements. 1876

Carte du Manitoba publiée par autorité du gouvernement provincial. 1897

Province du Manitoba, Le peuplement en 1870

Province du Manitoba, Le peuplement en 1891

Province du Manitoba, Le peuplement en 1901

Province du Manitoba, Le peuplement en 1911

Province du Manitoba, Le peuplement en 1921


POUR LES ÉDUCATEURS


Immigration et peuplement : 1870-1919
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La deuxième vague de peuplement

Jusqu'en 1891, la population du Manitoba s'est accrue à un rythme lent mais soutenu, pour atteindre 150 000 habitants cette année-là. Bien que cela ait été une augmentation appréciable par rapport aux 12 000 habitants de 1870, il était indéniable que le taux de peuplement n'était pas celui auquel on s'était attendu au début. Des millions de gens quittaient l'Europe, mais ils allaient aux États-Unis, en Amérique du Sud et même en Australie. La plupart des immigrants n'étaient pas tentés par la perspective de cultiver des céréales dans la froide Prairie canadienne quand ils pouvaient avoir des terres dans le Midwest américain. Tout cela devait changer en 1896. La découverte d'or en Afrique du Sud et au Yukon cette année-là a fait qu'il y a eu beaucoup plus d'argent à investir dans l'économie mondiale et que le prix de céréales comme le blé a commencé à monter. Les nouveaux bateaux à vapeur pouvaient transporter plus de grain pour beaucoup moins cher que les voiliers. Et le Canada était en train de devenir le dernier, le meilleur Ouest, car une grande partie des bonnes terres des États-Unis avaient maintenant été prises par des homesteaders. Le Canada était sur le point de recevoir sa part d'un des plus grands mouvements de population de l'histoire du monde.

En 1901, le Manitoba avait 255 000 habitants; en 1906, il en avait 365 000, et en 1911, trois ans avant que la Première Guerre mondiale ne mette un terme à l'âge de l'immigration, sa population se chiffrait à 450 000 personnes. Chaque année entre 1896 et 1922, 30 000 nouvelles fermes ont été établies dans l'ensemble de la Prairie, et la production de blé a triplé tous les cinq ans pendant cette période. Ce fut la période du boom du blé. De nouvelles variétés de semences plus résistantes, nouvelles méthodes et nouveau matériel agricole ont pavé la voie du boom.

La nature de la société manitobaine allait changer encore une fois, car un très grand pourcentage des immigrants qui venaient dans l'Ouest étaient originaires d'Europe de l'Est. Les paysans de Pologne, de Russie et de l'Empire austro-hongrois étaient coincés par la baisse du taux de mortalité et la hausse du taux de natalité. Les fermes devenaient donc sans cesse de plus en plus petites. En Galicie, province largement ukrainienne de l'Empire austro-hongrois, il y avait plus d'un million de fermes de moins de huit acres de superficie. La perspective d'une ferme de 160 acres a dû paraître presque trop belle pour être vraie. Entre 1896 et le début de la Première Guerre mondiale, plus de 170 000 Ukrainiens sont venus au Canada. Ils ont souvent dû partir en cachette de l'Empire austro-hongrois et traverser l'océan dans des bateaux qui avaient été conçus à l'origine pour le transport du bétail.

Leurs premières années au Canada ont souvent été tragiques. En 1899, il y a eu tellement d'immigrants que le gouvernement a précipitamment envoyé 80 familles dans un camp de bûcherons abandonné au sud du mont Riding. Dans une période de deux semaines, près de 50 personnes, presque tous des enfants, sont mortes de scarlatine.

N'ayant pas les moyens de s'acheter du bétail ou des chevaux, bon nombre ont dû défricher et labourer la terre de leurs mains. Pendant une partie de l'année, les maris quittaient la ferme pour prendre du travail à gages dans les équipes de construction et d'entretien des voies ferrées. Les immigrants européens ne parlaient pas la langue du pays, leur religion était souvent considérée avec suspicion et ils étaient souvent la cible de blagues ethniques et de discrimination. Ils se sont organisés afin d'améliorer leur vie, établissant leurs propres églises et synagogues, écoles, centres communautaires, organisations culturelles, journaux et même partis politiques. En fondant et renforçant leurs propres institutions culturelles, des milliers d'immigrants ont commencé à sentir qu'il y avait une place pour eux au Canada. Cette affirmation de leur culture allait cependant provoquer une forte réaction. Dès 1899, un éditorial du Winnipeg Telegram mettait en garde contre les dangers que ces nouveaux venus présentaient, les décrivant comme des gens « pauvres et crasseux » dont le « caractère moral est dégoûtant ». La politique du début du vingtième siècle au Manitoba allait graviter en grande partie autour de conflits causés par l'impact de cette deuxième vague d'immigration.

Agriculteurs, chemins de fer et politique Le jour où le Chemin de fer Canadien Pacifique a publié son premier barème de tarifs de fret en 1883, de nombreux agriculteurs de l'Ouest canadien ont conclu que la Politique nationale de chemins de fer financés par le gouvernement, tarifs protectionnistes pour les manufacturiers et immigration dans l'Ouest canadien était discriminatoire contre les Prairies. Pendant les 40 prochaines années, les agriculteurs de l'Ouest allaient mener une série de protestations politiques contre ce qu'ils considéraient être le pouvoir des politiciens et des entreprises de l'Est du Canada. Au bout du compte, ils ont fondé, avec succès, plusieurs partis politiques dominés par des agriculteurs, de même que des sociétés de commercialisation des céréales détenues par des agriculteurs. Cela montre l'importance du transport et du commerce dans la politique canadienne.

Bien des agriculteurs ont eu leur premier démêlé avec le CFCP quand ils ont essayé de choisir un homestead. Les homesteaders pouvaient obtenir 160 acres de terre gratuitement, mais 25 millions d'acres des meilleures terres de l'Ouest avaient déjà été concédées au CFCP. Même si le CFCP était disposé à vendre la terre à un prix relativement peu élevé, de nombreux colons ont été contrariés de découvrir que leur choix de homesteads était plus limité qu'ils ne l'avaient prévu.

Mais les plus vives plaintes des agriculteurs des Prairies contre le CFCP visaient le barème des tarifs de la compagnie, le manque de lignes secondaires et la protection contre la concurrence dont elle bénéficiait. Dans l'Est du Canada, le CFCP faisait face à la concurrence d'autres compagnies ferroviaires et des compagnies de transports maritimes sur les lacs et canaux. Il devait donc demander des tarifs concurrentiels. Mais dans l'Ouest, le gouvernement canadien avait interdit à toute autre compagnie ferroviaire de construire des voies ferrées au sud de la ligne principale du CFCP. Dans l'Ouest, par conséquent, le CFCP n'avait aucune concurrence des chemins de fer du Nord des États-Unis. Résultat, le coût d'expédition du blé dans l'Ouest canadien était trois fois plus élevé qu'il l'était pour une distance semblable dans l'Est du Canada.

Les agriculteurs de l'Ouest, ce qui n'est pas surprenant, ont commencé à faire campagne pour mettre fin au monopole du CFCP. Le gouvernement manitobain a répondu en accordant des chartes à des entreprises privées pour qu'elles construisent des voies ferrées vers les États-Unis afin de se raccorder aux lignes ferroviaires américaines. Mais à chaque fois, le gouvernement fédéral a invalidé la loi manitobaine, rendant ainsi illégale la construction de ces lignes. Comme l'a dit le ministre fédéral des chemins de fer, sir Charles Tupper : « Les intérêts du Manitoba et du Nord-Ouest devront-ils être sacrifiés à la politique du Canada? À mon avis, si c'est nécessaire, oui. » Les agriculteurs reprochaient aussi au CFCP de ne pas avoir assez de silos pour stocker tout le grain qu'ils produisaient. Ils estimaient par ailleurs que les tarifs protectionnistes faisaient d'eux un marché captif pour l'industrie canadienne, en maintenant le coût du matériel agricole élevé à un moment où le prix international des céréales était bas.

Les agriculteurs ont fait plus que grommeler et se plaindre. Dans les années 1880, ils ont fondé la Manitoba and North-West Farmers' Union, qui a réclamé l'abolition du tarif douanier sur le matériel agricole, la fin du monopole du CFCP, plus de lignes secondaires et des silos détenus par le gouvernement. L'union s'est effondrée quand certains de ses dirigeants ont proposé que le Manitoba quitte le Canada pour se joindre aux États-Unis. D'autres organisations d'agriculteurs allaient suivre.

Les agriculteurs estimaient par ailleurs qu'ils ne recevaient pas un prix équitable des marchands de céréales de la Bourse des céréales de Winnipeg, qui fixaient le prix des céréales de la Prairie. En 1902, ils ont donc formé la Territorial Grain Growers' Association et en 1903, la Manitoba Grain Growers Association. Ces deux associations ont fusionné en 1906 pour former la Grain Growers' Grain Company, une coopérative. La Bourse des céréales de Winnipeg a d'abord interdit à la GGGC de participer au marché quotidien des céréales, ne cédant que sous la pression du gouvernement manitobain. Les agriculteurs ont remporté plusieurs importantes victoires au fil des ans. Le gouvernement fédéral a mis fin au monopole du CFCP et forcé une réduction des tarifs de fret dans l'Ouest. Cette réduction ayant été consentie en échange d'un subside qui aiderait le CFCP à construire une ligne jusqu'au col du Nid-de-Corbeau, on a appelé ces tarifs plus bas les tarifs du Nid-de-Corbeau et, à quelques exceptions près, ils ont été appliqués jusque dans les années 1980.

À la fin de la période du peuplement, il était devenu clair que les fermiers qui avaient été amenés dans l'Ouest canadien dans le cadre de la Politique nationale du pays étaient capables de monter une opposition efficace à cette politique et déterminés à jouer un rôle dans l'orientation de l'avenir du pays.

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