Immigration et peuplement : 1870-1919
En 1870, la majorité des 12 000 citoyens du Manitoba vivaient dans des fermes et petits peuplements échelonnés le long des rivières sinueuses de la toute nouvelle province. Les rivières et les bois qui poussaient sur leurs berges étaient une source d'eau et de bois, introuvables ailleurs dans la vaste plaine. Il n'y avait pas de villes. Le village de Winnipeg, au confluent des rivières Rouge et Assiniboine, comptait 100 habitants.Le jeune gouvernement canadien avait des plans pour la Prairie. Elle devait être transformée en une colonie agricole (Ref1, Ref2), remplie d'immigrants de l'Est du Canada, de Nouvelle-Angleterre et du Royaume-Uni. Ces nouveaux Canadiens de l'Ouest achèteraient les biens produits dans l'Est du Canada et cultiveraient du blé et d'autres céréales qui seraient expédiés vers l'Europe à partir de Montréal. Pour ce, les peuples autochtones des plaines devraient renoncer à leurs droits à la terre, un chemin de fer transcontinental devrait être construit, les industries du Centre du Canada devraient être protégées contre la concurrence des États-Unis et des centaines de milliers d'immigrants devraient être recrutés. C'étaient là les éléments clés de ce qu'on a appelé la Politique nationale du Canada.
Cette vision s'est en grande partie réalisée. En 1881, la population du Manitoba était de 66 000 habitants; en 1901, elle avait monté à 255 000; en 1911, elle atteignait 450 000. Des traités avaient été signés avec les dirigeants des peuples autochtones du Manitoba en 1871, et de nouveaux traités ont été négociés à mesure que les frontières de la province se sont étendues. En 1885, le dernier crampon du chemin de fer du Canadien Pacifique a été enfoncé dans la terre dans les montagnes Rocheuses. Le Canada était maintenant relié d'un océan à l'autre. De nouvelles grandes et petites villes surgissaient un peu partout au Manitoba et à travers les plaines. En 1911, Winnipeg était la troisième plus grande ville au pays, avec plus de 142 000 habitants. (Ref1, Ref2, Ref3, Ref4, Ref5, Ref6, Ref7, Ref8, Ref9, Ref10, Ref11, Ref12, Ref13, Ref14.)
C'était l'époque du boom du blé. Là où l'économie de l'Ouest s'était articulée autour du piégeage et de l'expédition des fourrures, le blé était maintenant roi. Le premier chargement de céréales du Manitoba est arrivé en Grande-Bretagne en 1878. En 1890, la récolte manitobaine de 16 millions de boisseaux constituait près de 40 pour cent de la récolte nationale de blé.
Cette croissance ne s'est toutefois pas toujours faite aisément. Dès le début, de nombreux peuples autochtones et le gouvernement canadien ont été en désaccord sur le sens des traités qu'ils venaient de signer. La vie n'était pas facile pour les homesteaders : printemps tardifs, gels prématurés et invasions de sauterelles étaient des risques constants. Les premières années ont été des années d'isolement, de labeur incessant et de pauvreté pour la plupart des fermiers et leur famille. Tandis qu'ils s'établissaient sur la terre, de nombreux fermiers ont commencé à s'unir pour trouver une solution aux problèmes politiques et économiques auxquels ils faisaient face. Ceci devait les mettre en conflit avec les compagnies ferroviaires, le gouvernement fédéral et même les membres dirigeants du milieu des affaires de Winnipeg.
La nature de la société manitobaine a continué de changer pendant ces années. Alors qu'en 1870, environ 50 pour cent de la population parlait français, en 1891 ce pourcentage était descendu à 7,3 et continuait de décliner. Les immigrants de l'Ontario pouvaient se vanter du fait que le Manitoba était devenu une province complètement britannique, mais cela a commencé à changer au début du vingtième siècle avec le déferlement dans l'Ouest de dizaines de milliers d'immigrants d'Europe de l'Est. En 1901, bon nombre des dirigeants de Winnipeg se demandaient où la province allait mettre tous ces étrangers qui frappaient à sa porte. La question du peuplement était peut-être réglée, mais celle de la société manitobaine était loin de l'être : la période a été perturbée par des conflits sur la langue, les droits des femmes, la place des immigrants et la relation entre les travailleurs et les employeurs.