6. La question de l'amnistie
7. La concession foncière de 1,4 million d'acres
La question de l'amnistie
Une des demandes primordiales des délégués qui étaient allés de la Rivière-Rouge à Ottawa pour négocier l'entrée du Manitoba dans le Canada était une amnistie complète pour tous ceux qui avaient participé à la résistance de la Rivière-Rouge. La résistance avait eu le soutien de la communauté métisse dès le début et la communauté anglophone avait fini par appuyer le gouvernement provisoire. Sans amnistie, c'est-à-dire la promesse que les gens ne seraient pas accusés de trahison et d'autres crimes pour avoir pris part à la résistance et aux actions du gouvernement provisoire, la collectivité de la Rivière-Rouge ne pourrait pas se développer de façon paisible et ordonnée. Le premier ministre canadien sir John A. Macdonald n'était pas prêt à mettre une promesse d'amnistie par écrit, mais les délégués de la Rivière-Rouge croyaient que les dirigeants du gouvernement canadien leur avaient promis une amnistie.Pourtant, quand le printemps a fait place à l'été à la Rivière-Rouge en 1870, aucune amnistie n'avait encore été déclarée. Une expédition militaire britannique, par contre, cheminait lentement vers l'ouest. L'expédition comprenait des volontaires de l'Ontario qui s'étaient enrôlés expressément pour venger la mort de Thomas Scott. L'expédition militaire est arrivée à la Rivière-Rouge quelques jours avant le nouveau lieutenant-gouverneur, Adams Archibald. Craignant de plus en plus pour sa sécurité personnelle, Riel est parti de la Rivière-Rouge quelques heures à peine avant l'arrivée de l'expédition militaire commandée par le colonel Garnet Wolseley. Ce fut une sage décision. Wolseley a écrit plus tard, en effet : « La plupart d'entre nous estimions que nous devions régler nos comptes rapidement avec Riel, qui avait tué l'Anglais, M. Scott. Si nous l'avions attrapé, nous aurions été sans merci. »
Wolseley s'est vite rendu compte que sa véritable tâche était de protéger les Métis contre les Canadiens, qui étaient décidés à venger Scott. Elzéar Goulet, un membre du jury qui avait condamné Scott, a été lapidé à mort par des Canadiens qui sont restés impunis. Un autre partisan de la résistance, François Guillemette, a été tué pendant cette période de terreur, durant laquelle la plupart des Métis avaient peur de s'aventurer à la Rivière-Rouge. Même en 1872, l'avocat canadien-français Joseph Dubuc, qui n'avait pas été à la Rivière-Rouge en 1870, a été si gravement battu dans la rue qu'il est resté aveugle d'un œil. Le gouvernement de l'Ontario a offert une récompense de 5 000 $ pour Riel, qui a été forcé de se réfugier aux États-Unis. Il est revenu pour se faire élire au Parlement à trois reprises différentes, mais n'a jamais été autorisé à occuper son siège à la Chambre des communes. La question de l'amnistie a atteint son point critique en 1874 quand un des lieutenants de Riel, Ambroise Lépine, a été arrêté, jugé et reconnu coupable, et condamné à mort pour le meurtre de Scott. En 1875, le Parlement canadien a finalement déclaré une amnistie pour tous ceux qui avaient participé à la résistance sauf Riel, Lépine et William O'Donoghue. Ceux-ci devaient être exilés du Canada pour une période de cinq ans, après quoi l'amnistie leur serait accordée.