1. La naissance du Manitoba
2. La Rivière-Rouge avant 18703. Les raisons de la résistance4. La résistance de la Rivière-Rouge
La naissance du Manitoba
Pendant près de 200 ans, la Compagnie de la Baie d'Hudson a eu la concession de la plus grande partie de ce qui est aujourd'hui l'Ouest et le Nord du Canada. En 1670, le roi Charles II d'Angleterre a concédé à la compagnie le droit de commerce sur un territoire de plus de 7,7 millions d'acres carrées dans le bassin hydrographique de la baie d'Hudson. Vouée au commerce des fourrures, la Compagnie de la Baie d'Hudson a toujours cherché à tenir les colons, surtout les agriculteurs, en dehors de son territoire, que l'on appelait la Terre de Rupert. Dans les années 1860, toutefois, il est devenu évident que l'emprise que la compagnie exerçait dans l'Ouest depuis des années tirait à sa fin. Les chemins de fer récemment construits amenaient des colons dans le Midwest américain et de nombreux politiciens des États-Unis voyaient la Terre de Rupert comme le prochain territoire américain à explorer. Il y avait aussi un mouvement grandissant en Ontario qui voulait que la Terre de Rupert soit transférée au Canada, qui venait d'être créé comme pays. Avec l'appui du gouvernement britannique, la Compagnie de la Baie d'Hudson a accepté de vendre son territoire au Canada pour 1,5 million de dollars. Personne, malheureusement, ne s'était donné la peine de demander aux près de l2 000 personnes qui vivaient à la Rivière-Rouge, encore moins aux 34 000 Autochtones qui occupaient le reste de la Terre de Rupert, s'ils voulaient devenir des Canadiens.Le transfert devait entrer en vigueur à la fin de 1869. Cependant, quand le gouverneur nommé par le gouvernement canadien, William McDougall, a voulu entrer sur le territoire le 2 novembre 1869, il a été accueilli par une patrouille d'hommes armés qui l'ont forcé à retourner de l'autre côté de la frontière américaine et lui ont dit qu'il ne pourrait revenir qu'avec la permission du Comité national des Métis de la Rivière-Rouge. Le même jour, les Métis, sous la direction de Louis Riel, ont saisi Upper Fort Garry (Ref1, Ref2) , le poste de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson près du confluent des rivières Rouge et Assiniboine. La résistance de la Rivière-Rouge avait commencé. Elle allait se poursuivre pendant près d'un an, avec Riel à la tête de plusieurs différents gouvernements temporaires. Les chefs de cette résistance n'étaient pas opposés à l'idée de devenir des Canadiens, mais ils voulaient le faire à leurs propres conditions. Ils voulaient élire leur propre gouvernement plutôt que d'être gouvernés par un gouverneur nommé par les politiciens d'Ottawa. Ils voulaient des garanties que leurs fermes ne leur seraient pas enlevées. Et ils voulaient une protection pour la culture française et anglaise unique qui s'était développée à la Rivière-Rouge au cours des cinquante dernières années.
Quand les gens de la Rivière-Rouge ont fait clairement comprendre qu'ils continueraient de résister jusqu'à ce que leurs droits soient garantis, le gouvernement canadien a accepté de négocier avec le gouvernement provisoire. Le résultat de ces négociations a été l'Acte du Manitoba, qui a été adopté par le Parlement canadien au printemps de 1870, créant la province du Manitoba. Surnommée province « timbre-poste » à l'époque, le Manitoba ne couvrait que 13 500 milles carrés. Le français et l'anglais devaient avoir qualité égale garantie devant les tribunaux et à l'assemblée législative, et l'État s'engageait à financer un système scolaire catholique et un système protestant. Les titres fonciers existants ont été reconnus et 1,4 million d'acres réservées aux Manitobains dont la famille était d'ascendance partiellement autochtone. Le Canada a également promis de ne pas poursuivre en justice ceux qui avaient participé à la résistance. Cette dernière promesse était particulièrement importante car en mars 1870, le gouvernement provisoire de la Rivière-Rouge avait exécuté Thomas Scott, un jeune homme qui avait été un des plus actifs et des plus bruyants opposants au gouvernement de Riel.
L'Acte du Manitoba a été dans une large mesure une victoire pour les meneurs de la résistance de la Rivière-Rouge. Ce n'en fut pas une dont ils purent jouir paisiblement. Pendant l'été de 1870, une expédition militaire menée par des Britanniques est arrivée à la Rivière-Rouge déterminée à venger la mort de Thomas Scott. L'amnistie promise n'a jamais été accordée : un des chefs de la résistance a été tué, tandis que les autres, y compris Riel, ont été obligés de s'enfuir pour sauver leur vie. Retards et controverse ont entouré les transferts de terre promis aux Métis. Leurs chefs en exil et la province s'emplissant d'immigrants de l'Ontario qui les regardaient de haut à cause de leur ascendance et de leur religion, de nombreux Métis ont quitté la province pour s'installer plus à l'ouest dans la prairie. La résistance de la Rivière-Rouge était terminée et une nouvelle ère de peuplement était sur le point de transformer le Manitoba.