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INTRODUCTION


AUTRES RESSOURCES


Le Manitoba au coeur de l'Amérique par Annette Saint-Pierre.
Saint-Boniface, Man. : Éditions des Plaines, 1992.

Le Manitoba, reflets d'un passé par Lionel Dorge.
Saint-Boniface, Man. : Éditions du Blé, 1976.

Introduction

Certaines des provinces du Canada ont été acquises par adoption. D’autres en ont reçu le titre après un apprentissage rigoureusement surveillé. Le Manitoba en est une qu’on a simplement fait apparaître.

F. A. Milligan, Transactions of the Manitoba Historical Society, Série 3, n° 5, 1950, 5.

La province du Manitoba, depuis sa création, a régulièrement été au centre de plusieurs des débats clés de l’histoire canadienne. Quand Louis Riel, à la tête d’une petite armée métisse, s’est emparé d’Upper Fort Garry en 1869, il menait un mouvement qui défendait les droits politiques des habitants de l’Ouest, les revendications foncières des personnes d’ascendance autochtone, les droits linguistiques des francophones et les droits des catholiques en matière d’éducation. Bien que le gouvernement provisoire dirigé par Riel ait réussi à résister à la tentative d’Ottawa de transformer la Rivière-Rouge en une simple colonie du gouvernement fédéral, bon nombre de ces questions sont demeurées non réglées. Elles sont en fait restées, sous une forme ou une autre, quelques-uns des serpents de mer de la politique canadienne.

Le peuplement de la Prairie dans les années qui ont suivi est une des grandes histoires de développement pionnier et d’immigration, une période où des gens de tous les coins de l’Europe sont venus se faire une nouvelle vie dans l’Ouest canadien. Mais la période du peuplement nous a laissé un héritage partagé : le sens des traités signés avec les Premières Nations demeure ambigu, une économie agricole fondée largement sur une seule culture a laissé l’économie rurale vulnérable aux catastrophes naturelles et économiques, et une stratégie économique nationale qui forçait les habitants de l’Ouest à acheter des produits manufacturés sur un marché national protégé et à vendre leurs produits sur un marché international libre a alimenté une méfiance grandissante envers l’Est du Canada. Cent ans plus tard, la politique des tarifs de fret est encore un sujet brûlant dans les Prairies.

Le Manitoba s’est retrouvé au centre d’une controverse nationale dans les années 1890 quand le gouvernement de la province a cessé de verser un soutien financier aux écoles catholiques et enlevé au français sa qualité de langue officielle dans la province. Ces changements étaient dans une large mesure les conséquences de la façon dont l’immigration avait refait la société manitobaine : une province dont les habitants étaient auparavant pour la plupart d’ascendance autochtone et divisés également entre anglophones et francophones était maintenant dominée par des anglophones protestants. Pour bon nombre d’entre eux, les nouvelles lois n’étaient guère plus que la démocratie en action, la majorité façonnant la province à son image. Pour les gens du Québec et les catholiques partout au pays, c’était une trahison, l’abandon d’un compromis qui était à la base de la Confédération canadienne et un signe que les francophones n’avaient pas de foyer en dehors du Québec. Close temporairement en 1897, la question des écoles du Manitoba et toutes les considérations qui y sont associées se sont révélées être des questions très ouvertes, donnant du mal aux politiciens dans les années 1960 et 1970 et provoquant presque la chute d’un gouvernement dans les années 1980. Quand le Manitoba s’est industrialisé et lentement urbanisé au début du vingtième siècle, les problèmes associés à la vie urbaine ont donné naissance à un actif mouvement de réforme sociale. Ce mouvement parfois disparate dont la base appartenait à des organisations telles que les Églises protestantes, le mouvement syndical et les Women’s Institutes (cercles de fermières) voulait purifier la société au moyen de campagnes visant à interdire l’alcool, donner le vote aux femmes, rendre les usines plus sûres, rendre l’éducation obligatoire, alimenter Winnipeg en eau propre et réformer la politique. La force de ce mouvement se voit dans le fait que c’est au Manitoba que le mouvement pour le suffrage a remporté sa première grande victoire quand les femmes ont reçu le droit de vote en 1916.

L’éclatement de la Première Guerre mondiale en 1914 a vu les Manitobains répondre avec enthousiasme à l’appel aux armes et à la demande de contributions au fonds établi pour soutenir les familles des soldats. La guerre a fait naître un sentiment plus puissant d’identité canadienne, mais elle a aussi fait ressortir le côté borné et autoritaire du mouvement de réforme sociale qui prédominait maintenant au Manitoba et au Canada. La province a abandonné son expérience de 20 ans dans le domaine de l’éducation multilingue, interné sans procès les immigrants des pays d’Europe de l’Est et déclaré illégaux les partis politiques radicaux. Les Manitobains, comme les autres Canadiens de l’Ouest, se sont non seulement enrôlés en nombre disproportionné, ils ont aussi voté en nombre écrasant pour le gouvernement d’union et son plan d’instituer la conscription en 1917. Cette unité du temps de guerre n’a pas duré. Moins d’un an après la fin de la guerre, les travailleurs et les employeurs de Winnipeg étaient engagés dans une lutte acharnée. Plus de 30 000 travailleurs ont débrayé pendant six semaines lors de la grève générale de Winnipeg de 1919. Élément d’une vaste vague nationale d’agitation ouvrière d’après-guerre, la grève de Winnipeg a été provoquée par le refus des employeurs locaux de négocier avec les syndicats des métiers du bâtiment et de la métallurgie. Tous les syndicats de la ville sauf un ont décidé de faire grève, non pas pour obtenir des avantages immédiats pour leurs propres membres, mais par sympathie pour les travailleurs du bâtiment et de la métallurgie. La grève n’a pris fin que quand les meneurs ont été arrêtés et la police et l’armée utilisées pour disperser une manifestation de protestation. Avec l’insatisfaction régionale et les tensions ethniques et religieuses, le conflit des classes était devenu une autre affaire à régler, legs des tumultueuses cinquante premières années d’histoire de la province.

Ressources numériques sur l’histoire du Manitoba