Titre: Circulaire confidentiel de Monseigneur Arthur Béliveau aux conseils scolaires des districts bilingues du Manitoba, 20 août 1916
Auteur: Béliveau, Arthur P., 1870-1955
Source: Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Collection générale, 1.2/111
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Transcription

(STRICTEMENT CONFIDENTIELLE)
ARHCEVÊCHÉ
DE
SAINT-BONIFACE
CHERS MESSIEURS, SAINT-BONIFACE, le 20 août 1916.
L'Association d'Education, après mûre considération, a décidé de demander à toutes les
Commissions Scolaires de nos arrondissements bilingues, de ne tenir aucun compte des exigences tyran-
niques du Gouvernement au sujet du français et de ne sacrifier aucune des matières française en-
seignées jusqu'ici. Ce qui restait est si mince qu'en sacrifier même une partie, c'est nous vouer à la
destruction comme nationalité.
L'Association est composée d'hommes pratiques qui ne se font pas illusion sur la difficulté
que comportera leur demande, si modest qu'elle soit, au cas où le Gouvernement ne voudrait pas
fermer les yeux, et tolérer, mais voudrait procéder immédiatement à l'étranglement.
Le secrétaire de l'Association se chargera de communiquer avec les cercles locaux; car en dé-
finitive c'est surtout leur affaire, puisqu'ils sont les représentants des parents, mais nous ne pouvons
sûrement pas être indifférents à leurs efforts. Nous les aiderons de toutes nos forces, tout en nous
mettant à l'abri, dans la mesure nécessaire, pour que ce mouvement ne puisse pas être interprété
comme étant l'initiative de l'Archevêque et du clergé. Le Free Press et ses pareilles se serviraient
de ce prétexte pour ameuter l'opinioin protestante, et en définitve, c'est la cause qui nous est chère,
plus que nous-mêmes, qui en souffirait.
Faites en sorte qu'on ne retraite nulle part avant d'en avoir conféré avec l'Association d'Edu-
cation.
Dans quelles limites elle pourra venir au secours, au point de vue financier, je ne saurais le
dire; elle est disposée cependant d'y mettre tout ce qu'elle a et au besoin demander secours au de-
hors.
Il importe que les divers groupes prennent leurs responsabilités. Le centre aura toujours
assez à faire; mais pressez les peureux de s'entendre avec l'Association avant de manquer au mot
d'ordre, qui est de garder le français que nous avions jusqu'ici.
La lutte peut être longue et ennuyeuse, mais notre existence national en est l'enjeu, et à cause
des circonstances spéciales où nous vivons, l'apostasie religieuse d'un gand nombre suivrait la dis-
parition du francais. Il y a là une question d'influence ambiante que les catholiques de langue an-
glaise refusent de reconnaître, mais les faits parlent trop haut pour ne pas nous rendre à ce que
nous considérons comme une évidence. Les mariages mixtes favorisés par la communauté de langue
constitue un coulage qui n'est pas sans alarmer le coeur d'un évêque. Les chiffres que nous avons
aux archives de l'archevêché sont formidables.
La question qui semble dès l'abord une question de langue se complique donc, à cause des cir-
constances d'une question religieuse, et alors que certains catholiques de langue anglaises s'obstin-
ent à le nier, des protestants fanatiques le répètent à qui veut les entendre.
Des pareils aveux ont été faits au distingué vice-président de l'Association d'Education, l'Hon.
Juge Prud'homme, plusieurs fois déjà depuis quelques mois. L'un d'entre eux disait dernière-
ment: "Nous n'aurions pas tant d'opposition au français si en définitive ce français n'était pas
"au profit de l'Eglise" "The Church" pour eux, c'est un épouvantail. Pour nous, c'est le cas de
redire: Fas est et ab hoste doceri.
Veuillez agréer, chers Messieurs, l'expression de mon affectueux attachement et me croire,
Votre tout dévoué en N. S. [Notre Seigneur]
+ ARTHUR
Archevêque de Saint-Boniface

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